30. oct., 2015

Seule dans le désert

Le 30 Octobre 2015

 

 

    Christine marche dans les allées qui entourent les bâtiments de l'hôpital. Elle s'est réveillée ce matin avec ce sentiment bizarre de n'avoir plus de chemin qui s'offre à elle.

    La maladie est maintenant clairement présente à son esprit. Elle a compris ce que lui ont dit les médecins, Thierry surtout, et les soignants qui lui ont tendu leur écoute, l'ont aidé à voir un peu plus clair dans le fatras d'informations reçues depuis le début de ses hospitalisation. Elle sait les pauvres chances qu'elle a de voir la maladie régresser. Elle voit sur son corps l'effet des traitements agressifs déjà subits. Elle ressent pleinement la fatigue qui pèse sur ses épaules. Elle sait l'abandon dans lequel elle va laisser sa fille quand tout ceci va avoir raison de sa vie. Elle a maintenant vingt cinq ans, dix huit mois d'examens et de traitement subits et un grand vide à la place du cœur : personne ne l'aime assez pour l'accompagner au quotidien sur son parcours.

    Elle marche lentement, goûtant les premiers rayons de soleil un peu plus tiède de cet hiver qui ne sait vers quel tendance osciller. Elle est sortie exprès aujourd'hui, avec son pied à perfusion duquel s'égoutte lentement la chimiothérapie. Mais oui elle est au courant qu'il faut éviter la lumière à ce produit qui risque de s'altérer. Mais elle, ne s'étiole-t-elle pas sans ce soleil,plus sûrement que par l'absence de protection ?

 

    La maladie a tous les droits quand vous êtes réduits ainsi à son bon vouloir. Alors s'octroyer, même si c'est voler, un instant de bien-être c'est s'offrir le même pouvoir, quand bien même ce ne serait que pour une heure.

    Ses pieds traînent un peu sous l'ardeur du traitement et la poussière pâle qu'elle soulève l'isole du reste du monde. Ce désert qu'elle affronte l'isole du monde. Bien sûr elle aurait besoin présence, d'accompagnement. Mais elle affronte ce désert comme tous les autres avant, elle s'y sait vouée depuis son très jeune âge. Ce n'est pas une fatalité, non ! Ce n'est pas même un destin...

 

     Quand les entrailles vous rongent il ne saurait être question de destin. On avance au soleil, sans un nuage pour vous protéger.