9. mars, 2016

Le 8 Mars 2016

 

             Enclave ou entrave

       Je ne sais pas si écrire, aujourd’hui, est une bonne chose.

       Et je ne sais pas des deux mots lequel est le plus fin, le plus apte à révéler les traits de l’esprit du moment. Entrave / enclave.

       Quand les ressources psychologiques de l’être se trouvent enfermées dans les méandres de ce que lui prodigue son esprit, quand les mots dont il use sont enchaînés à des idées qui ne peuvent clairement s’exprimer, l’être est-il enclavé dans un concept de la vie ? Ou est-il entravé par les filets qui cadenassent sa pensée ?

       Le souffle même manque pour dire ce qui va, parce que tout ne va pas mal, forcément, et le peu qu’on en a s’exténue à extraire le mal qui tenaille les tripes. On se pose pour ne pas s’exposer. On inspire le peu de fraîcheur d’air qui s’encanaille à vibrer autour, on le garde longtemps, trop peut-être, et l’on arrache dans un souffle ténu la pensée qui affleure la brûlante lave du magma de l’esprit.

       Je sais bien dit comme cela, ça peut faire peur, ou ça peut faire marrer. Il n’y a pas de quoi, pourtant, ni jubiler, ni s’effrayer. Ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Et d’ailleurs la crainte la plus grande tient en le temps durant lequel cet esprit est exposé à ces miasmes d’idées, ce qui leur est censé leur ressembler. Il ne faut pas jouer les trublions autour d’un esprit comme celui-là et faire croire ou dire que ce n’est que pantalonnades d’un saltimbanque enivré. Il faut y croire et il faut y être attentif. Celui qui vit en-deçà s’époumone dans le vide, dans un silence qui le terrorise. En face il n’est pas souvent de mots : on écoute, on laisse, on fait parler. Parce qu’il faut paraît-il que l’idée nauséabonde qui entrave—et c’est ici le juste mot—l’évolution de celui, celle, qui la subit s’extirpe du creuset où elle patauge, bouillonne de trop de fonte.

       Bienveillant ceux qui sont en face ? Compatissants ou seulement empathiques ? Veulent-ils seulement aider ou bien se tiennent-ils en retrait de quelque chose qui serait dangereux pour le reste du monde ? Va savoir ! Celui qui s’offre en pâture aux esprits qui le côtoient alors ne sait pas dire s’il est perdu au milieu de nulle part, ne sait pas dire s’il est retenu de vivre par le fiel des mots et des pensées, les griffes dans sa poitrine, dans ses entrailles. Il souffre. Terriblement.

 

       C’est à peu près tout ce que j’ai à en dire, le peu que mon souffle de bouts des doigts exhale sur le clavier.

 

       La réponse est peut-être dans les mots de Georges Sand : « L’esprit cherche et c’est le cœur qui trouve »

2. mars, 2016

Le 2 Mars 2016

 

             L’égalité des sexes

       C’est une vieille couleuvre que cette notion. On la trouve dans toutes les pierrailles et taillis de la société, mieux, de la civilisation.

       On peut se poser la question de sa pertinence, de sa réalité ou inexistence au travers des âges, selon les sociétés. Il faut bien avouer que l’image qu’on en a est qu’elle n’existe pas. Je pense, au-delà de toute analyse, qu’il faille considérer qu’elle n’a pas lieu d’être. Sa nécessité est une invention de la conscience humaine qui vise dans l’absolu à tout normaliser.

       Dans l’esprit humain, il faut se vêtir dans la vie, habiter un logement décent et suffisamment confortable, que sais-je encore ? Je pense moi qu’il serait bon d’observer la société humaine tel que pourrait le faire une autre espèce. Et de ce point de vue, à leur échelle de vie, les animaux se préoccupent peu de l’égalité ou de la non prépondérance des sexes dans leur milieu de vie. Ils doivent nous trouver bien inopportuns, incongrus dans notre façon de concevoir les choses. Nous cherchons trop la petite bête !

       L’égalité des sexes est un concept aussi inepte que celle des races (et n’oublions pas qu’aucune race humaine n’existe, les caractères génétiques des individus n’étant jamais assez constants dans un groupe pour être évalués à l’état de race), qu’elle ne trouve de fondement de réalité que dans l’esprit tortueux et torturé de l’homme. L’individu mâle remplit sa fonction dans toutes les sociétés, de toutes espèces, et l’individu femelle de même, à un autre niveau, là aussi selon les spécificités de l’espèce.

       Si l’on regarde les espèces d’insectes vivant en colonie, le mâle ne semble, aux yeux de l’homme, tenir qu’un rôle subalterne de fécondateur. Mais je pense que l’on est loin d’avoir compris leur rôle exact, les ouvrières (remarquez qu’on ne dit pas ouvriers alors qu’ils n’ont aucun rôle reproducteur) ne semblant que les nourrir, en petit nombre, un peu comme nous humains nous pratiquons la conservation de survie de certaines espèces.

       A d’autres niveaux de vie de société, l’homme accorde au mâle un rôle d’importance, quelque peu princier d’ailleurs, et dont l’essentiel de la tâche est de maintenir un ordre dans la dimension dominante de certains individus en regard de la vie des autres. Ici, aussi, on prête parfois une fonction guerrière (mais c’est toujours selon l’évaluation humaine) alors que l’individu tient une place qu’il ne cherche que très rarement à modifier, voit-on aussi sa vie devenir celle de vieux solitaire, sorte d’ermite dont on ne comprend guère la fonction.

 

       Ai-je été assez clair ? l’égalité est une vue de l’esprit humain et ne trouve de raison d’être, de fonctionnalité que dans les circonvolutions inadaptées à la réalité de sa conscience. J’ai personnellement arrêté de courir ou de justifier l’égalité, et encore moins celle des sexes, m’importe plus de savoir, définir quel est le rôle exact, non inepte, de l’individu au sein de ses semblables. Cela me paraît de loin beaucoup plus judicieux, important.

 

       Alors quérir, ou tenter de le faire, les marques d’une égalité en notre sein me paraît, après mûre réflexion, une démarche totalement inepte, frôlant l’hérésie en regard de la recherche d’une sagesse.

15. déc., 2015

Le 15 Décembre 2015

 

    Je suis dans le lit, allongée, le buste un peu relevé. Je regarde ses murs peints de fade, ce plafond blanc lézardé. Tout, en apparence, est comme si rien n'avait changé. Derrière la porte, au delà des cloisons, les bruits de la machine hôpital continuent de vrombir. Dans peu de temps, ils viendront s'occuper de moi. J'attends. C'est à peine si j'ai la force de réellement penser. Je m'abandonne au temps qui passe, à la force de la raison immédiate. Il n'y a rien que je puisse vraiment retenir. Même mes souvenirs, mes impressions défilent en moi sans que je puisse les arrêter, un peu, pour y songer.

    La porte s'ouvre !

 

    « Bonjour, Christine ! Comment vous sentez-vous ce matin ? »

    Il y a cela qui a changé. Je ne suis plus un individu quelconque reçu au cœur du défilement des gens dans ces chambres anonymes. Je ne suis plus un numéro vaguement dérangeant dans ses attentes, cette jeune personne à qui on voulait faire comprendre que sa présence n'est pas importante, qu'il y avait d'autre choses à faire que de s'occuper de moi.

    On me parle avec une discrète familiarité. Ce doit-être le rendu de la souffrance enfin visible, palpable. On estime tacitement que j'ai droit à quelques égards. Je suis connue maintenant, à défaut peut-être d'être véritablement reconnue. La condescendance que l'on m'accorde est maladroite, empreinte d'une gène. Est-ce le remord de m'avoir déconsidéré avant alors que j'aurais dû être l'objet de plus d'attention ? Je n'y crois guère. Est-ce la gène qui sourd immanquablement du ressenti devant une indubitable souffrance ou de l'inavouable inefficacité des moyens dont ils disposent ? Les soignants se sont adaptés à moi comme je me suis adapté à eux. Il ne s'agit pas d'un statu quo. C'est plus compliqué que cela. Est-ce la crainte de devoir faire face à l'inévitable, cette déchéance pour l'instant à bas bruit qui m'assaille ? Je ne sais pas faire le tri. Et puis ça ne voudrait rien signifier, les différences entre avant et maintenant. Je suis là, dans l'état où je suis, avec cette connaissance encore bien imparfaite que l'on a de moi. Je n'éprouve plus ce besoin de vomir mon indignation face à leurs comportements, pas plus que je n'ai l'intention de leur en vouloir pour m'avoir poussée, parfois guidée, par là où je devais passer.

 

    Je vais mourir. Tout le monde en est persuadé, mu parfois par cette indicible conscience qui ne s'affronte pas vraiment au refus patent de l'inéluctable. J'ai mal. C'est devenu, je pense, la seule vraie raison de me porter des soins.

 

    Ici on souffre et l'on s'en va. Quelques un gardent cela encore à l'esprit.

8. déc., 2015

Le 8 Décembre 2015

 

Il faudra bien un jour...

 

Chaque ligne lue ou entendue est un crève cœur à l'heure où les corbeau survolent les champs électoraux. Tous attendent leur heure, ceux qui parlent ou écrivent et ceux qui vont se repaître des oripeaux laissés par les prôneur d'espérance.

 

France ! Ils ont tous à la bouche, à l'esprit ce mot.

Qu'en est-il ?

On prédisait jadis de belles gueules de bois à ceux à qui ont reprochait de miser sur le diable. Mais on ne parle plus du diable. Tout au plus du loup dans la bergerie. Et l'image est déjà bien forte en symbole : « les Loups » ! On ne prédit plus rien aujourd'hui. C'est parce qu'on tremble.

 

Quelque part la raison s'évade. Elle n'a plus de chaînes, elle n'a lus d'ancrage. C'était avant qu'il fallait penser, quand on en avait encore le droit, quand la vermine n'avait pas tout grignoté à grand coup de projections, de sondages. Il n'y a plus de sondage, les fonds de grenier sont là. Il ne nous reste plus rien. Nous ne pouvons même plus parler au futur, ce temps qui conjugue les virades de l'espoir. Nous sommes assis, le cul sur la caisse de dynamite, seulement prêt à essayer d'arrêter celui, celle qui voudra allumer la mèche du feu de notre désespoir. Si nous aurons droit de le faire.

 

Vous me sentez amer ? Même pas voyez-vous ! Je savais par avance que cela devait se produire. L'être humain Français veut toujours essayer de nouveau les vieilles recettes, même celles qui l'ont conduit à sa perte. Et d’entonner le leitmotiv : « plus jamais ça ! » On le connaît cet élan, celui qui peaufine les prétendues heures de gloire. À bas la belle alliance. Elle ne traîne et n'entraîne que des maux... et derrière elle les traces de sang de ses cadavres. C'est avant qu'il fallait penser à ne pas le faire.

Il aurait fallu se soulever (peut-être avons nous encore un peu de temps devant nous pour le faire), plus nombreux qu'on n'a jamais su le faire et exiger l'expression eet la reconnaissance du seul vote contestataire valable : le vote blanc. Le vrai, pas le bulletin nul. Il faut exiger cette part d'expression qui dit vraiment ni cela ni autre chose. Dans les grandes négociations qui ont cours, on prône la décision contraignante et on semble y croire. Eh bien là aussi, il faut y croire, il faut le faire. Si j'étais chef d'état (mais c'est vrai je ne le serai jamais) je ferais un coup d'état. Je déclarerais nulle l'élection parce que non circonstanciée, pour me rattraper de n'avoir pas eu à temps l'idée de reporter ces élections délabrantes.

 

Nous avons le pouvoir de l'état d'urgence, mais nous ne nous en sommes pas réellement servi. Qui a usé du refus de droit de rassemblement ? Personne ! Au cœur des précautions à prendre on a osé réunir presque chaque pays du monde et on a osé laissé faire que se fomentent les pires expressions du peuple qui soient.

 

Se sont tus ceux qui avaient le respect de l'urgence. Ils ont sincèrement cru qu'on irait pas au massacre, qu'on sauverait encore l'espoir. C'est dommage.

 

Une fois de plus, ils ont tué Jaures ...

14. nov., 2015

Le 14 Novembre 2015

 

    Le silence soudain étouffe le fracas.

   Puis, au dessus des fumées et des brumes qui courent les rues, le ciel Noir étend son drapeau, étendard de la raison. Des pas résonnent et hurlent les voitures. Des cris, des ordres fusent. Au sol des rubans Rouge colère lavent les pavés d'incandescence.

 

    Dans cette nuit d'ombre, indescriptible, les draps Noir indignation ne parviennent plus à endiguer les flots Rouge sang qui marquent à jamais la fureur sur le sol de la nation. Le cœur de l'homme cogne au rythme fou que l'effroi lui souffle. La femme s'effondre aux pieds de toutes le mères meurtries. L'enfant hagard n'a plus de mot. Il pleure !

    Noire est la raison, Rouge sont les regards.

 

    Mes doigts enfoncent les touches avec hésitation. Mon esprit ne cesse de m'intimer le silence. J'ai l'âme qui saigne. Mes pensées plongent dans les tréfonds de l'ignominie. Je vais taire mes ressentiments, ils n'ont pas d'importance.

 

    Quand se seront dissipées les humeurs guerrières, le pas lent de l'homme se soulèvera de nouveau avec hésitation. Il n'est pas de drapeau qui sache porter haut la honte qui l'habite. Il n'est pas de raison qui dise sa volonté de détermination.

 

    Si le Rouge parle, le Noir lui répond.