L'homme nait anarchiste

Le 5 Janvier 2021

       Ça claque, hein !

       Je sais, rien que le titre, certains sont passés à autre chose. L’anarchie dérange. Pourtant…

       Vous connaissez peut-être cette légende : « A la naissance, l’enfant sait tout. De la vie. De l’histoire du monde. De la joie, de la tristesse. De l’horreur aussi, hélas. Mais ce serait insupportable (peut-être. Ça c’est moi qui l’ajoute). Alors, avant qu’il ne révèle quoi que ce soit, un ange pose son doigt sur sa bouche pour lui intimer de se taire ». Et ce serait pour cela qu’on a un sillon au milieu de la lèvre supérieure : la trace du doigt de l’ange sur la vie toute fraîche moulée.

       Et si le bébé sait tout à la naissance, il ne pourra pas accepter la vie qu’on lui propose. Donc il se révoltera. Alors, toute sa vie d’enfant, on lui enseigne ce qu’il doit savoir, ce qu’il doit comprendre, ce qu’il doit faire… Pour que ça passe. A l’adolescence, souvent, il commence à renâcler. L’éducation, les convenances le musellent. La nécessité de passer auprès des autres, dans leur regard, dans leurs partages, le fait très très souvent s’amender, assagir son besoin de révolte. Il se formate.

 

       Sur ma lèvre, j’ai bien la marque de l’ange. Mais peut-être n’a-t-il pas gardé son doigt assez longtemps sur ma bouche…

       Ce n’est pas que j’aie gardé le savoir infus, non ! Mais cela a dû me laisser la capacité de percevoir ce qui cloche dans ce monde et qui me le rend inacceptable. Je ne vais pas pour autant révolutionner le monde ou bousculer à l’envi les convenances, les usages, la grande parade du socialement correct. Mais je me refuse bien d’y adhérer.

       Au jour le jour, je suis anarchiste. Même si pour moins me mettre en butte à la considération d’autrui je me déclare plus volontiers libertaire. Quand quelque chose se passe près de moi, si je ne suis pas d’emblée tenu d’offrir une réaction au monde, j’observe, j’évalue, j’essaie d’analyser. S’il n’y a pas UNE logique acceptable, LA logique, la correspondance des faits, des conséquences répond à une logique. Et quand elle s’accorde avec ce qui me semble être le cheminement naturel, l’évolution ordinaire des choses, je tente d’y accéder.

       Mon bonheur, il est dans l’équilibre. Ma joie est devant la beauté, la douceur, la tendresse. Ma réalisation, elle, ne se fait que dans l’accord avec le monde naturel qui m’entoure.

 

       L’ange a dû décider pour moi ce chemin particulier qui me rend si dérangeant aux yeux des autres : « Tu chercheras à savoir ». Cette pulsion m’habite éternellement. Je conçois très bien qu’il soit agaçant de vivre à proximité d’un être qui n’hésite jamais à remettre en cause ce qu’il sait, qui fouille toujours la connaissance, qui demande sans cesse ce que signifie, non seulement un mot, une démarche, une logique que l’on veut accoler à ce qui se passe. J’ai besoin de cohérence. J’ai besoin de cette cohérence qui fait évoluer le monde depuis bien avant le début de notre apparition, nous les hommes.

       C’est pour cela qu’on éprouve que je puisse être versatile. La réponse pour moi n’est jamais automatique, systématique. Elle se doit de s’adapter à la nature, aux circonstances.

 

       C’est, je crois, cela être anarchiste ; bien plus sûrement qu’une propension à la révolte, à un apparent désordre.

       Comme tout un chacun, je suis né anarchiste. Mais (« Il n’y en a pas un sur cent… ») je le suis resté.

La Vie

la Vie se cache parfois, l'enfant sait la dénicher, naturellement

Lundi 6 Juillet 2020

           Communément, on considère le vivant comme la manifestation de ce qui progresse, évolue dans les êtres en général et les formes moins identitaires telles les plantes, ce qui pousse. Je ne m’arrête pas à cette conception. J’y adjoint tout ce qui se transforme. On ne sait jamais assez considérer ce qui nous dépasse, voire ce qui nous englobe.

 

       Se pose l’acceptation de la Vie. Mais qu’est-ce la Vie ?

       L’homme qui se dit supérieur en tout parce que sa conception à l’égard du vivant est suprêmement régi par l’intelligence dont il se conçoit l’expression la plus évidente, aboutie, donne de la vie une définition de la vie comme « l’ensemble des phénomènes biologiques communs aux êtres organisés qui évoluent de la naissance à la mort » dans un dictionnaire et pour l’Académie Française « l’activité spontanée propre aux êtres organisés, qui se manifeste chez tous par les fonctions de nutrition et de reproduction, auxquelles s’ajoutent chez certains êtres les fonctions de relation, et chez l’homme la raison et le libre arbitre ».

       C’est faire fi de ce qui anime le vivant plus inerte. Et aussi des manifestations qui bien souvent dépassent l’entendement de l’homme. Toutefois il semble logique qu’il en soit ainsi si l’on prend en compte que c’est l’homme qui en décide, l’homme qui définit les choses, lui qui explique tous les phénomènes en se référant et en s’appuyant sur son intelligence. On me permettra ici d’élargir la conception de la vie.

 

       La Vie est ce qui anime. Et par là il faut accepter jusqu’à l’évolution de la matière dans l’absolu. C’est parce qu’on évalue les choses à l’aune de ce qui nous est perceptible, dans une durée qui nous est perceptible, à l’échèle de la durée de la vie qui nous habite. Car nous ne sommes pas la vie. Nous ne représentons qu’une forme de son expression. Certes, nous, les hommes, sommes en mesure d’expliquer en grande partie ce qui nous entoure. Mais nous ne faisons qu’au travers de notre perception des choses et de la compréhension qu’on en a. Rien ne dit que ce concept est absolu, qu’il est acceptable par toute forme, expression de la vie. Nous ne sommes pas en mesure de percevoir toute la manifestation de la vie, non plus le ressenti que peuvent en avoir les choses animées par la vie. C’est dû au fait que nous n’accordons à l’intelligence que sa forme qui existe en nous.

 

       Je ne me situe pas, idéologiquement, dans cette tendance qui admet la création comme point de départ de la vie. Et je ne tends pas à l’évolution la capacité d’exprimer toute chose.

       Selon ma conception, il faut penser, comprendre, admettre bien plus largement l’expression du vivant. Quitte à provoquer un tôlé, je dis que le vivant est partout et qu’il a l’amabilité de nous inclure. « La Vie est ce qui anime la matière » ai-je dit. Il faut donc admettre qu’elle habite toute chose, confère une expression propre à chaque chose et pour une durée qui lui est toute aussi propre, aussi variable puisse-t-elle y être. Elle habite, anime, s’exprime par des manifestations très variées. Et elle quitte parfois son hôte, jusqu’à interrompre définitivement, perpétuellement son animation. Nous, humains, appelons cela la mort. La mort serait donc l’état de ce qui n’est plus vivant. Je pense que c’est un peu court ! Déserté par la vie, la matière continue son évolution, celle-ci se dégradant le plus souvent, se transformant, son infime partie qui la constitue étant « récupérée » par la matière vivante qui en a besoin pour continuer à vivre.

 

       Le vivant, ce qu’on nomme la vie des êtres, est l’évidence que la Vie existe. La Vie est une dimension qui nous dépasse. Elle a la gentillesse de nous animer. Soyons lui reconnaissants et soyons humbles devant elle. Je dirai ailleurs jusqu’où elle s’exprime.