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Sous ce titre , "paraboles", j'écris des textes évocateurs de d'autres textes, ouvrages, poèmes, chansons et je ne mets que ce titre : "parabole" suivi d'une dédicace à ceux qui les ont écrits, composés.

À vous de retrouver les textes qui me les ont inspirés. Je vous aide un peu en fin de chaque texte en remerciant par leur prénom les auteurs.

Faites au mieux si ça vous amuse. Sinon, demandez moi en commentaire, je me ferai un devoir de vous répondre 😙

Parabole : à M. B.

Le 1° Novembre 2022

 

       Vous étiez tous deux, vivant le quotidien comme il est. Vu de l’extérieur, il n’y avait pas grand-chose à dire. Mais entre vous, cela se passait comment ?

       Toujours est-il, un jour, un dimanche peut-être, un jour sans rien de particulier—et c’est peut-être là que tout réside, dans ce rien de particulier—vous étiez chez vous. Il faisait beau… Ce n’est pas sûr. Il devait faire bon en tout cas.

       Sans que vraiment rien ne l’annonce, elle s’est approchée de la fenêtre. A-t-elle vraiment regardé dehors ? A-telle eu un peu froid, un peu frais ? En dedans ça devait ressembler à ça : elle a rapproché les battants, elle a tourné la crémone. Elle s’est retournée. T’a-t-elle regardé ? Tu n’en sais rien. Elle est allée vers la porte, est sortie. Tu ne l’as pas revue.

       Tu l’as regardé faire. Tu n’as pas bougé. Tu n’as rien dit. Elle est partie. Te voilà seul.

       Le soir est venu, progressivement. La nuit t’a enveloppé. Elle l’a fait comme on s’inquiète pour le bien-être de quelqu’un : « Maintenant, ta vie, c’est moi, toujours ».

       Décontenancé, tu as écarté les mains, un peu comme on le fait pour recevoir quelque chose sans trop savoir quoi. Mais tes mains sont restées vides, ouvertes sur rien. Tu as relevé la tête. Devant toi, le miroir ; dedans, ton reflet. Tu t’es trouvé bien plus marqué par le temps que tu ne l’imaginais. Et la nuit a continué de t’envelopper, toujours. Tu y habites maintenant, où que tu ailles.

       Et puis dehors…

       Le souffle de l’air s’est fait entendre. C’était… On voyait l’air bouger, comme un long flot ondulant, tantôt froid, tantôt tiède. Il était là : sans limite, sans obstacle. Il habitait tout indéfiniment, dans un bruissement. Tu as remarqué : c’était des pleurs, des gros pleurs, et puis par moment comme quelqu’un qui discute à l‘écart.

       Le souffle d’air vient toujours d’ailleurs, depuis d’autres contrées. Tout autant qu’il vient d’avant, bien avant. Et tu deviens le souffle, cet être qui va qui vient, ce qui cherche l’image de l’être, perdu dans une quête devenue sans fin. Les pleurs te viennent de ce que tu es ce souffle, l’air qui va.

       Tu en deviens effrayant pour tous et tu ne peux plus te reposer. Tu le sais, courant d’air en errance

       Devant les plaintes aigües que tu pousses, chacun te ferme sa porte. Personne n’aime les ballades qui finissent mal.

Merci Mama B.

Parabole : à M. et G.

Le 29 Octobre 2022

 

       Il nous arrive de vivre seul, en petit prince, à compter les levers de soleil, les couchers, à craindre pour une fleur que rien ne menace. On se prend alors à côtoyer des gens, des moins que soi. À l’occasion on partage avec eux notre sommeil. Quand on prend la plume pour écrire à des  gens qui n’existent plus ou si peu, quand on compte et recompte les pièces dans sa bourses, quand on imagine des poèmes, des suppliques pour des êtres de parabole…

 

       C’est que quelque part en nous le vide est là. On a besoin d’une main, d’un  accoudoir ou d’une balade, qu’on ne trouve pas, qui ne sont pas là. Oui, c’est impérieux : une présence, une âme à chérir, ou simplement un peu de ce qu’on aimerait bien.

       Et le temps qui dure ne nous l’offre pas.

 

       Quand notre foyer brille seul si loin et que l’on s’étonne qu’il faille déjà le rallumer alors qu’on est blotti dans son fauteuil, enveloppé dans un plaid douillet, qu’on s’oublie comme un petit être à bout de force, alors on se raconte les jolis moments d’avant et à ceux autour, réels ou pas, et qui s’en moquent bien. Quand on se pare des ses plus beaux atours, pour rien, qu’on reste là…

 

       C’est que quelque chose n’existe pas, c’est que le seul ami ou celui qu’on invente, que la maison dans le Vercors n’est pas à toi mais que tu y serais bien avec un passionné de rencontre, ou celle, celui, que tu voudrais qu’il t’accompagne. Oui tous ces gens ne vivant, n’existant qu’en toi, depuis toujours…

 

       Quand on s’en va tout seul au loin, parfois le destin s’en mêle, une main se glisse dans la tienne et vous êtes deux alors nulle part et plus rien n’a d’importance…

       Parce qu’alors on est bien, que rien ne compte, que l’espoir s’appelle maintenant et que tout le reste reste le reste qui n’existe pas pour soi et c’est très bien comme ça.

 

Merci Maurice et merci Gilbert

Parabole : à A et G

Les 26 et 28 Octobre 2022

 

       Le jardin de notre vie est peuplé de fleurs ou d’oiseaux rares, de tendres gemmes mais à la présence éphémère. Nous nous sommes tous arrêtés, au moins une fois, et nous sommes laissés aller à contempler ce petit quelque chose qui a titillé notre attention

 

       Chacun, c’est fréquent, garde pour soi ce pur instant de merveille. Et rares sont ceux qui ont vraiment tenté de le saisir, de le garder. Beaucoup plus nombreux nous sommes à avoir misé sur le hasard ou sur la chance, espérant que se renouvelle une telle rencontre.

       C’est rayon fugace qui a mis en exergue ce petit bout de rien ravissant. Et tel ce rayon de soleil qui cède au passage des nues ordinaires, le mirifique s’est évanoui, prestement, mais nous laisse pantois et ravis.

       D’autres fois, au cours d’une balade, d’un périple, d’une pérégrination, un joyau daigne nous accompagner, effaçant la peine, l’effort, nous cueillant plus loin, surpris que le chemin fut si court. Et tel un amoureux d’images, parfois, nous n’avons pas eu la présence d’esprit d’appuyer sur le déclencheur pour immortaliser l’instant, le lieu, l’évènement.

 

       Il arrive aussi que nous effleure de pauvres beaux êtres, fleurs, oiseaux, panthères, tristes, affaiblis, errant sur le chemin qui longe le nôtre. Ils se parent de gris mots, de chagrins sourires, soulignant plus encore la beauté qui les habille. Que n’a-t-on alors l’audace de les libérer de leurs maux, de leurs chaînes, de les alerter de notre présence sous d’hospices marques d’attentions ? Non point, encore non, nous gardons à distance, comme enfouis en nous ces doux élans, ces soleils qui embelliraient leur avenir. Du moins le pense-t-on…

 

       Et la vie, dans son impétueuse brise, de nous porter plus loin. Nous avons souvent offert nos vies à d’autres paysages, courus d’autres chemins de fortune. Tombent alors sous la poussière du temps les lueurs tendres des aubes merveilleuses, s’efface le souvenir, se gomme l’heureuse impression de l’instant.

       Mais dans la course insensée que nous menons contre le vent parfois, ressurgissent à l’envi en notre esprit déserté l’image de tant de joyaux qu’on aurait pu croire évanouis. Les bourgeons refleurissent, embellis à l’occasion. Le goût si suave ranime nos papilles, réveille nos frissons. En vain pourtant : les splendeurs sont fugaces que l’on ne nourrit pas. On ne sait plus en retrouver les chemins, des pensées timorées distendent les destins.

 

       Alors, dans le grand silence de nos soirs dépeuplés, nous redessinons les courbes d’un pétale, humons les fragrances évadées dans l’imaginaire et nos âmes versent quelques larmes pour vernir ces beaux tableaux, les préserver dans l’antre faussement paradisiaque de notre vie.

 

Merci Antoine, merci Cher Georges !