un prochain livre

 

Le 28 Novembre 2015

 

 

 

      Je marche souvent virtuellement sur des chemins escarpés. J'y tente d'habituer mon souffle et mon pas à la bonne allure. Dans la vie je fais pareil. J'essaie que les jours et les événements s'enchaînent sur un rythme qui sied tant à l'un qu'à l'autre. Et comme dans la vie, la vraie, pas, souffle, faits et heures et jours s'embrouillent. Il n'est pas nécessaires que les choses soient ardues. Il suffit que le temps passe à son temps et les manières des uns et des autres s'entremêlent comme elles le font d'ordinaire. Et moi, au milieu de tout cela, je pense. Parfois jusqu'à m'en faire mal.

 

      Là-bas, légèrement au nord-est de mon petit coin de campagne grise à cette époque de l'année, ou presque, là-bas donc les murs se colorent de façon bizarre et les pas crissent sur le verre brisé, dans les salles la musique s'est tue et le bruit, enfin, déjà, les cris aussi, les sirènes. Reste le silence un peu gênant de la peine et plus triste encore celui de la honte. Nous avions dit « plus jamais ça ! » Et là dans mon extrémité de Sologne, le même silence contrit répond à mon appel, hurlement d'un loup assoiffé de paix, lassé de vengeance et de provocation. Ils ont beau tourner autour de l'estrade de lumière, Messieurs et Dames, les grands de ce monde, ils ne tarissent pas la rivière écarlate qui s'enfuit des corps et des esprits en larme de sang. Ils l'alimentent à grands coups de conventions bidons et de décrets minables. La honte ne les étouffe pas, eux ! Ils ont leurs garnisons prêtes à jaillir au long souffle de leurs hymnes déchaînés. Non la honte ne les atteint pas qui sort de leurs usines de métal enragé. La honte ne leur siffle pas aux oreilles emmitouflées de décoration, de discours abusés.

 

      Pour ce soir je vais arrêter là. Mes nerfs griffent trop les pavés du clavier. Pourtant, j'espère, sur les autres pages couleront les couleurs d'une bien vive espérance, le souffle d'un lâcher-prise endiablé.

 

se vendre

Les 7-8 Juin 2015

 

Se vendre

 

Dans ce monde où la communication se décline sur toutes les gammes, aujourd'hui, mettre un peu en avant ce que l'on fait est devenu monnaie courante. Sait-on la portée réelle de ce qu'on expose ? Je ne pense pas !

 

Cela fait, quoi ? Douze ans que dépose çà et là mes mots. C'est parfois comme ici un article. Ce peut être un extrait d'un ouvrage, d'un roman en cours... je suis lu, oui c'est vrai, mais sur un plan assez confidentiel à ce qu'il me paraît.

Je vois bien des auteurs très souvent couronnés d'attention, toujours les mêmes. Et de crier à l'écriture magique, prenante, poétique... Je sais bien que je n'ai rien de tout cela dans mon escarcelle, mais il arrive qu'on me dise : « Pourquoi ne te fais-tu pas éditer ? » Est-ce donc que mes mots, enveloppés de ma griffe aient quelques valeurs peut-être... indicibles ? Est-ce une courtoisie que l'on m'offre ? J'ai fait ce que l'on attendait de moi. Décembre 2013 et décembre 2014 sont parus deux ouvrages. Je n'ai pas dû choisir les bons modes d'édition. Ou, incarcéré dans ma volonté de n'être pas sous les phares, je ne sais pas les promouvoir. J'ai bien, de-ci, de-là, quelques lumières déposées sur mes mots, encore tellement confidentielles.

Il me semble que je suis doté d'outils qui offrent à voir ce que je commets. Mon épouse—belle personne qui sait me faire accoucher quand je retiens, quand je n'offre que réticence—me pousse et obtient que je crée les étendards de ces mots que je garde un peu jalousement. On peut, c'est possible, dire que je rencontre, à mon échelle, un succès d'estime. Mon site reçoit, au bas mot, des visites d'une quinzaine de personnes qui se promènent sur dix pages. Je ne sais qui elles sont : elle ne laissent nulle trace (autre qu'électronique de comptage) de leur passage. Je sais bien qu'on ne signe guère les livres d'or des jardins qu'on visite et que l'on garde le souvenir des landes fleuries, paisibles, comme un enchantement gardé par devers soi. Ne le fais-je pas moi-même ? Bien sûr que si ! Mais je dépose mes lèvres sur les joues de parchemin qu'on propose quand un soleil est venu éblouir mon cerveau. Est-ce à dire que les gens n'osent pas ou que cela ne vaille pas la peine d'être révélé.

Un ami qui comme moi dispense ses pensées disait ouvertement son envie qu'on discute, argumente, critique ses pages. Et c'est vrai que je n'ose pas toujours lui rendre mon attention. Néanmoins nous échangeons couramment quelques idées, réparties et contres—élégants—sur ses mots. Le fait-on sur les miens ? Que nenni !

Je ne dois pas avoir ce verbe qu'il faut pour appeler les critiques ou les sujets dignes d'intérêt pour qu'on les argumente. Pourtant, c'est—pas ici, bien sûr, le sujet est très personnel—des scènes ordinaires de la vie, telles qu'elles s'offrent dans le destin de tout un chacun. Chez moi, pas de héros, pas de grands pouvoirs, pas de magnificence des lieux ou des êtres. Mes mots disent ce qui est. Doit-ce être cela qui fait qu'on ne m'échange guère ? Les gens ont assez déjà de leur quotidien qu'ils n'ont pas besoin qu'on leur en révèle d'autres.

Pourtant je crois glisser un peu d'anormalité dans mes scènes. Je donne à voir des facettes de la vie dont on parle peu souvent. Peut-être est-ce que les lecteurs ne veulent pas lire ce qui les dérange de la vie ? J'ai aussi émis en moi l'idée qu'on ne goûte peu de lire les gens qu'on connaît. Un peu de leur prose nous ravi, mais point tout un livre...

Où se trouve la solution face à tout cela ?

De la violence

Le 28 Mai 2015

 

L'on voit poindre aujourd'hui bon nombre de débats ou d'amorces de réflexions quant aux origines de la violence.

 

Personnellement, j'ai fait état dans mon ouvrage « Miou » d'une expression « pure » de la violence d'un être à l'égard d'un autre et par suite de celle que l'homme peut utiliser contre sa manifestation ou par défense de l'être attaqué.

 

J'ai souvent par ailleurs évoqué mon refus de laisser se manifester la violence sous quelque forme que ce soit. En effet, il est clair qu'elle ne résout rien, bien au contraire. Lorsqu'elle s'exprime au travers du comportement d'un être, dans sa dimension la plus ignominieuse, elle ne saurait être réprimée sans une autre expression violente, sauf à la subir totalement et s'en démarquer ensuite par le pardon, la compassion, voire l'empathie à l'égard de son auteur.

Le geste violent, en défense, peut toujours s'exprimer, sorte de réflexe face à la provocation. On retiendra le lourd coup porté par Jean au loup qui, incapable d'atteindre Miou est surpris de l'intervention de l'homme et se sent traqué par lui, au point, angle de fuite perdu, de se ruer sur lui toute arme personnelle offerte à sa réaction. Je n'aime pas invoquer le propos de légitime défense comme solution de réplique à l'avancée de la violence. Néanmoins, il semble évident qu'il est la seule réponse possible à l'être attaqué et s'avère tout à fait à propos, dans la mesure où il n'est que réaction et non réponse, qu'il ne tend pas à se perpétuer (Jean n'insiste pas après le coup reçu par le loup dans l'élan de son assaut). Il n'est ni répréhensible alors, ni condamnable. Tout le monde ne peut rester la joue tendue face à la gifle qui s'annonce. Il y a pour le moins esquive quand il n'y pas parage.

 

Jeune, (je n'avais pas vingt an) je me suis trouvé confronté à la violence gratuite. J'ai reçu les coups qui « s'offraient » à moi sans réaction aucune. Il est donc possible de le faire en conscience, facile même (je n'étais pas si vieux qu'on puisse me considérer aguerri à ce ce genre de pratique). Il n'en a pas été de même pour l'ami qui se trouvait à mes côtés et qui a tenté de s'interposer malgré ma défense. Tous deux, par la suite, avons opposé notre calme et notre détermination à ne pas fuir le danger qui nous était... proposé. De fait, l'auteur de l'assaut se trouvant alors fort déconvenu face à ce qu'il n'avait pas l'habitude de rencontrer comme réaction. Cette violence-là n'eut pas loisir de s'exprimer et j'ai toujours argué depuis qu'il y avait là matière à s'exprimer de la façon la moins violente qui soit, bien conscient pourtant que c'en est tout de même une vue de la part de celui qui menace : la non réponse est un acte dur à encaisser quand on tient à s'exprimer par violence.

 

Voilà, je pense, bien matière à réflexions. Et il ne me paraît pas vain d'en étudier toutes les possibilités, quelles que soient les façons d'exprimer de la violence. Les mots pouvant heurter plus sûrement que les coups, souvente fois.

de l'intelligence

sans commentaire !

Le Mardi 12 Mai 2015

 

L'homme depuis des lustres se considère comme intelligent. De plus, il a affirmé de façon péremptoire qu'il était le seul être vivant à avoir une conscience—ce qui reste à prouver—une kinesthésie et une perception du soi.

 

Que pourrai-je en dire vraiment ?

 

Tout d'abord je peux affirmer que l'homme ne parle que de ce qu'il connaît et qui plus est selon sa perception des choses. Tout ce qu'il ne perçoit pas, ce qu'il ne connaît pas, l'eusse-t-il imaginé, lui est étranger, hors de sa captation de ce qui est. Tout au plus constate-t-il, en plus, des événements qui puisse lui paraître étrange. J'en veux pour exemple un fait qui a été observé la première fois de façon rigoureuse dans les années 1950: l'apparition et la disparition d'un objet de façon spontanée. La seule explication apportée fut que le dit objet se soit déplacé à une vitesse supérieur à celle de la lumière, chose que l'homme réfute qu'elle soit possible, en l'état de ses connaissance. Aucune hypothèse depuis n'est venue corroborer cet état de fait. L'homme continue de s'en tenir à ce qu'il peut prouver. Tout ceux qui croient que la chose soit possible font appel à leur imaginaire. L'homme ne pose même pas le postulat que cet effet le dépasse. Il affirme que ce n'est pas possible. Il est bien d'autres points que l'homme réfute. Cela dépasse son entendement, donc, selon lui, cela ne peut être.

 

Si j'observe tout être vivant, je suis à même de constater certains faits, événements que je ne puisse expliquer. Personnellement cela ne m'étonne pas. J'admets par avance que certaines choses m'échappent, ma connaissance n'étant pas omnisciente. Il n'empêche en rien que certaines choses se produisent. J'ai vu des prédateurs vivre aux côtés de leur proies sans leur porter atteinte et se nourrir ailleurs que de ce qu'ils ont à leur portée directe. Tout se passe comme si un lien particulier les empêchait de s'en prendre à ses proies faciles, comme s'ils étaient animés de sentiments (selon ma propre perception et mon imaginaire) à leur égard. Cela est, je l'admets. Quelque qu'en soit l'explication, je ne m'appuie que sur ce qui m'est accessible et nul ne vient contredire cette idée qui le constate avec moi. Et chacun de dire que cela est inexplicable.

Il est bien des comportements qui entrent dans ce champ. Il ne me viendrait pas à l'esprit de tenir au fait qu'ils soient expliqués. Je me contente d'en prendre acte. Il est vrai que je suis de ceux que la propre conception des choses n'arrête pas. J'opte pour le possible dès lors que cela est et suis prêt à concevoir qu'êtres et choses puissent s'animer de cette kinesthésie, cette perception de soi que l'homme prête à l'homme.

 

L'homme a pu expliquer (parce qu'il en a établi la preuve) que des phénomènes pour le moins surprenants se produisent. Il y a notamment cette sécrétion de substances qu'on observe chez les plantes et qui les garantissent contre leurs assaillants, non seulement, mais qui aussi se les transmettent de près en près à leur congénères. Cette réactivité est organisée. On ne sait pas ce qui l'anime mais elle est. L'homme ne conçoit qu'une sorte d'intelligence en soit l'origine. Il va même, se targuant d'être le seul à en être habité, qu'elle ne puisse être autrement que pour lui. Comment alors cela se fait-il ?

 

Je dis simplement que tout un vaste domaine est étranger à l'homme et qu'il n'a pas les moyens de le corroborer, d'y adapter une investigation qui lui soit cohérente.

Je dis que la forme d'intelligence qui est la notre (à nous humains) est incapable de concevoir une autre forme d'intelligence et encore moins de l'identifier. C'est l'homme, et lui seul, qui dresse les limites du possible et uniquement en fonction de ce qu'il est capable de produire, de concevoir. S'est-il posé la question de savoir s'il est une autre organisation que la sienne ? Certainement pas ! En maître qu'il s'érige du monde, il interdit (et s'interdit) qu'il puisse en être autrement.

Pourtant ne manquent pas les phénomènes qui n'appellent que des hypothèses de sa part. Et il les laisse bien en cet état tant qu'il n'en formule pas lui même la preuve. Il émet des suppositions parfois, mais il faut qu'elle s'accorde strictement à l'état de ses découvertes sans quoi il les déclare impossible. Pour reprendre l'exemple plus haut, la communication entre les végétaux n'est en rien pour lui une forme d'intelligence. Parce que cela est ou parce qu'il ne le conçoit pas ?

 

Quand je regarde le monde autour de moi, comment il s'organise, comment se côtoient des espèces en harmonie, sans hégémonie de l'une par rapport aux autres, je suis admiratif de l'homogénéité qui existe, qui se manifeste sous mes yeux et ne peux que m'ébaubir que cela soit. J'admets par avance tout ce possible et je ne conçois pas d'exclure ce qui m'échappe : c'est trop beau !

 

Qu'admets-je pour intelligence à toute espèce qui ne soit hominidé ? Tout le champ de ce qui m'échappe.

Un animal qui ne prélève que son nécessaire vital. La stratégie d'évitement que déploie telle espèce pour se défendre d'une autre. L'apprentissage qu'acquière tel individu pour s'inscrire en harmonie avec ce qui l'entoure. La communication entre les êtres au-delà du langage tel que nous l'admettons, nous humains. L'incroyable diversité d'expression de toute espèce... Cela a lieu depuis des lustres. Que cela soit inscrit par atavisme au cœur des espèces, je le veux bien, mais je n'admets pas que cela leur soit inné, systématiquement. Le comportement d'un membre d'une espèce par rapport à l'un de ses semblable et l'empathie apparente qui s'en dégage parfois, j'exclue que l'homme en soit le seul apte puisque cela est, même à son esprit défendant.

Je pourrais me perdre en conjectures. Je pourrais m'escrimer à énumérer tout ce qui dépasse mon entendement. Je pourrais apporter à toute chose des explications raisonnables. Je pourrais user mon temps à apprendre tout ce qui concerne tout, assimiler toutes les connaissances possibles. Je pourrais, je pourrais, je pourrais... Mais je ne le ferai pas. Il m'est bien plus simple et bien plus raisonnable d'admettre la véracité de ce qui s'exprime devant nous, quand bien même je n'y comprends que goutte. C'est ainsi et vous m'en voyez heureux. Je me sens en cohésion avec tout cela. Je suis capable de m'émerveiller devant cet immense pouvoir d'expression, de manifestation. Je gagne à aimer cela. En revanche je ne cesse de vouloir défendre aux hommes leurs agissements contre la nature. Je honnis l'extravagance de leur comportement en regard de ce qui est. Je pleure de l'extermination qu'ils commettent jusque envers ses semblables, parfois. Alors ?

 

Alors laissez moi la terre telle qu'on nous l'a offerte et le droit que j'ai de ne pas vouloir en abuser, aussi fort puissé-je.

Salamalec

bouquet d'herbes... mais sans ses fleurs tricolores

Voici un extrait d'une nouvelle tendrement érotique que j'avais écrite pour deux amies du net, donc inconnues dans la réalité des rencontres...

 

Depuis ce matin je m’affaire. La cuisinière grésille des frémissements des cours bouillons et autres sauces en préparation. J’ai choisi de vous faire goûter les bonnes choses de ma région. Je vous sais tellement femme que je tente de ne rien négliger : la bonté des plats ne vous fera pas offense. Vous ne trouverez rien de ces mets riches qui font se restreindre les appétits. Tout sera léger. Et si sauces il y a, elles sont plus là pour accompagner que pour faire la quantité ; le goût seul est à l’honneur, pas la quantité.

Nous avons choisi la fin du printemps pour nous rencontrer : je suis allé cueillir quelques herbes folles, graminées, aux tons en camaïeux de vert où perlent les premiers bleuets, deux ou trois marguerites et guère plus de coquelicots, fragile carmines pour rehausser le bouquet. Je dresse la table : Nappe damassée tendrement nacrée où j’ai allongé des serviettes d’un vert printanier et de doux or, en alternance disposés de sets. Aux coté du bouquet trônent deux vieilles bouteilles vides au charme désuet en guise de bougeoirs. La table s’encombre d’un service de faïence de Giens, écrue aux bords un peu brunis, encadrés de jeux de couverts en inox, « vieux Paris », et de verres finement gravés cerclés en haut d’un fil doré. Une simple corbeille d’écorce d’osier pâlie attend que j’y mette un peu de pain. J’ai préparé quelques amuse-gueules, faits maison : petits toast beurrés de fromage de chèvre à la ciboulette, de petites tartines de pain que j’ai amoureusement pétri pour vous attendent la surprise que je vous réserve ; je les ferai tiédir au dernier moment.

Au frais repose, débouchée, une bouteille de Chardonnay, élevée en vallée du Cher. S’aérant lentement en même temps qu’il s’adonne à la température ambiante, un pinot noir de bourgogne laisse poindre dans l’air un léger fumet cerise, à peine perceptible dans les humeurs de cuisine.

L‘heure approche de votre arrivée : je suis un peu sur des charbons ardents. N’ai-je rien oublié ? N’ai-je pas commis pécher d’excès dans les mariages de saveurs ? Quel détail m’a échappé. Trop tard ! Les jeux sont faits, je n’y pourrai rien changer maintenant. Bach en a fini de ses sarabandes veloutées. J’éprouve le besoin de rendre l’ambiance plus légère, plus vive aussi : je glisse dans le lecteur les mutines cavalcades de Michel Pétrucciani. « Besa me mucho », Summertime ». Secrètement, je vous espère arriver au moment où il jouera « Caravan ». Cela me semblerait être un bel hommage pour notre Tzigane, « Belle Espoir », venue de ces contrées arides.

J’ai cinq minutes, je pense, devant moi : je monte me changer. Une rapide douche pour me rafraîchir des miasmes de cuisine, un voile de parfum, « Angel Man » de Thierry Muggler (eh oui ! je sais Mesdames, ce parfum vous fait fondre, mais c’est plus ma deuxième peau que la volonté de vous émouvoir) et je passe cette tenue légère en cotonnade et soie écrues du Népal, les pantalons sont de lin, resserrés aux cheville, tenue qui sied assez bien à mon allure « Tibétaine ». Me voici fin prêt à vous recevoir. Après un regard circulaire sur mon séjour, j’allume une cigarette et sors dans la rue pour vous guetter, vous accueillir : comme par miracle, vous voici. D’un salut en courbette je vous indique où garer la voiture et m’approche pour vous ouvrir les portes de la voiture.

les jardins

Les jardins

 

J’ai encensé les jardins

Plus que ne les ai nourris

Et gardé pour le creux de mes mains

Trois ou quatre sagement choisis

 

Il en fut pour m’offrir leurs fleurs

D’autres trop pleins de broussailles

Un seul m’a fait partager ses fruits

 

Deux ont été ornés d’épousailles

Il n’en reste plus rien aujourd’hui

 

Où planterai-je mon arbre de bonheur

E. R.

Le 12 décembre 1994

 

INCITATION

 

Dans la nuit de tes regards

Brille un triste diamant noir

Pensée, redondance du soir

Que tu tresses songe hagard

 

Je dresserai des remparts
En obstruction au hasard
Héraldiquerai nos espoirs
Comme tes yeux de moire

 

Oublie ce flot cauchemar

Et apprends le recevoir

Dresse ton âme aux nues

 

Ton ciel attend ta gloire

Lâche ton ancre tes amarres

Va dans la nuit pure et nue

 

E. R.

Le 13 Juillet 2007

 

Un matin

Je dresserai des remparts

En obstruction au hasard

Héraldiquerai nos espoirs

Comme tes yeux de moire

 

Le matin est venu, lentement. L’esprit aussi noir que mon café. Le ciel charriait ses rouleaux de nues et l’air sombrait en moiteur. Je n’avais d’opportunité que mes pinceaux à remuer, sans motif, pour la journée.

Un cadre, tout petit a jailli dans un coin de mes pensées ; le soleil s’y brandissait, simple nom. Il est des images qu’on ne peut utiliser, d’instants retraduire. Il n’est que de vivre, pleinement.

J’enfilerai aux paturons de mon destrier le long cordon gris, un jour pour t’aller visiter. Je pousserai la porte d’un jardin qui n’a pas existé et plongerai mon souffle dans les senteurs non imaginées. Il faut savoir redessiner les demain d’écriture automatique, penser l’hier en d’autres répliques. Et pour les splendeurs retrouver, ne jamais cueillir par avance les boutons des promesses, attendre que s’épanouissent les bouquets inédits et se fondre à l’envi dans l’indicible.

Tu viendras je le sais, toute en accueil.

 

E. R.

Le 10 Juillet 2007


une de mes deux fleurs

    C’est une plante née dans mon jardin. De jeune pousse timide, fragile, elle a su croître de bel essor. Elle aime la fraîcheur, voire les ombrages, près de sources qui chantent. Il es courant qu’on ne la remarque pas tout d’abord tant elle aime se fondre dans le décor.
    Gracile à son premier âge, elle a chahuté longtemps en herbe folle, indomptable, jouant de tout ce qui se passait autour d’elle. On put la croire sauvage et indisciplinée. Elle grandit quelques temps sous l’œil inquiet de ceux qui attendent des fleurs qu’elles soient belles et sages. Je ne fus guère accompagné dans les espoirs que j’ai toujours mis en elle.
    Mal aimée ? Oui c’est possible. Du moins ne fût-elle pas aimée pour ce qu’elle était, pour ce qu’elle devait devenir. Mais combien sont-elles ces plantes d’apparence anodine, que l’on culbute, aveugle, que l’on fauche sans considération ? A trop vouloir de jardins policés, d’emblématiques parures d’allées, de bosquet, on fuit la richesse fleurs hautes, généreuses.
    S’il eut été quelqu’un pour lui porter attention, ne serait-ce que sur son nom, Il eut pu savoir sa force, la largesse qui l’anime, le soin qu’elle peut donner autour d’elle. Elle est grande et fière ? Qui pense qu’ombelle, elle cherche plus à couvrir de son ombre les plus fragiles qu’elle. D’une beauté voilée, mais multiple, chaque bouton en elle porte une graine que le soleil fera éclater et le vent disperser. A bien y regarder, trop tendre en son printemps, il était, c’est vrai, mal aisé de discerner la finesse multiple de sa fleur trop verte, trop tendre.
    Mais ma fleur a vingt ans. Elle se voue aujourd’hui à celles qui portent comme elle un nom de fleur. Elle s’étale au cœur de mon jardin, au jardin de mon cœur avec force, et presque sérénité. Sa couronne fleurie accueille avec joie le soleil. La délicatesse de ses tons n’est visible que de peu de gens. Et c’est tant mieux dirai-je car je ne voudrais pas que sa beauté la fasse moisson d’un été. Ses vertus vont bien au-delà qu’on vise à la confire de douceur pour en garder longtemps les sucs apaisants.
    Elle a vingt ans et je crois en sa force. Sans mots—sauf peut-être ici—je lui sais gré de son regard sur le monde. Elle l’envisage à sa mesure. Elle le couve d’envie de demain et j’en suis heureux. Je n’ai jamais rien voulu lui donner autre que cette envie de vivre. Je ne lui souhaite rien que cette calme jouissante d’être, la paix, la certitude d’un franc devenir. Peut-être il en serait à ma place pour la vouloir l’aimer d’eux seul. Je la préfère aimée tout court, simplement et qu’elle choisisse elle les élus de son cœur.
    Elle a vingt ans et s’étale aujourd’hui à mes yeux ravis. Elle sait sa place en mon cœur. Elle sait l’éternité entre nous. Je n’attends d’elle que cela : qu’elle soit et avant tout elle-même.

   Vous qui cultivez dans votre jardin des fleurs à votre image, sachez que les plus belles seront celle qui pourront croître de votre attention et non de vos envies. J’ai eu la chance de savoir cela, sans que ce fût vraiment dit, sans en avoir reçu l’enseignement. Et je veux ce savoir pour le plus bel amour qu’on puisse avoir et recevoir.
    On la nomme Angélique et elle sait l’être. Il suffit pour cela de croire en ce qu’elle est.

Flamme


 

Une flamme s'est jetée à ma face trop pauvre

 Et je n'ai pu que m'en éblouir

 Mes yeux sont restés fixés sur cet horizon de sang

 Le noir s'est installé immobile

 Je ne savais pas que je reverrai le jour

 Je me croyais enfoui en des ténèbres sans fin

 Accablé par cette force implacable, soumis

 J'ai vu le sang rosir et m'éblouir encor

 Chante à nouveau ce corps traître

 Bouillonnent en moi les feux de la Saint Jean

 Je couche nu sur l'étendue étouffante

 L'herbe me viole mais je ne bouge pas

 Ses mille brins font renaître en moi

 La tendre ardeur du plaisir

 J'aimais et j'aime toujours

 Mais ce n'est plus pareil aujourd'hui

 Le vent me caresse doucement

 Sur toute ma langueur dépose ses frais baisers

 Mon dos se fait frisson et mes membres avec lui

 Enfin mon ventre respire

 Les gouttes de cette chair reposée

 Tombent une à une autour de moi

 Comme pour toujours témoigner de mon passage

 Pour que pousse là le flambeau de l'espoir

 Durant le temps de ma vie au prochain crépuscule

 

Le 23 Juin 1979

 

 

Les mots s’émeuvent

Et puis

Les mots s’en vont

Les mots s’épuisent

N’espèrent plus l’écoute

Les mots s‘endorment

A jamais parfois

 

Quand la source s’épuise

Le ruisseau souffre

Et se meurt

Peut-être il puise

De ci delà

Quelques gouttes de fraîcheur

Résurgences incertaines

 

La brise caresse

Les cœurs et les esprits

Et les endort

Quand trop de sommeil

Ils sont rendus immuables

Elle les secoue

Et souffle en tempête

 

L’amour se pose

Oiseau sur une branche

Et balance ses plumes

Au gré de la vie

Pourquoi lui pousse des serres

Griffes étaux tenailles

 

J’aime la vie

Et ses coups de sang

Ses crâneries soudaines

Ses peurs et ses tristesses

J’aime la vie

Non sa hargne

Ses lâchetés me lacèrent

 

Pourquoi faut-il ainsi

Que poison s’insinue

Sous la mousse

Vengeur acharné

Soyez soyons simples

Aimons nous de tendre mie

 

E. R.

Les 12 et 13 novembre 1991

"Estuaire de Loire"

 

Le 17 Avril 2005

 

Mais quelle idée de traîner les berges de sitôt matin !

Bien campé sur les rochers, au bord de l’eau, j’offre mes narines aux milles odeurs des effluves, quêtant l’une au moins qui me ravisse. J’attends. J’attends, je sens. J’attends, je regarde.

La lune blafarde s’emmoucharde de voile de brume, basse sur l’horizon. Ocrée et douce, elle regarde d’un œil démesuré, éberluée par le spectacle autant que par ma présence inhabituelle. Grandiose, sombre et laiteuse, la nuit oppose son bleu noir intense à l’orange opale de la planète, contraste violent dans la douceur de l’air de fin d’été. Lui faisant face, par de là les terres, sourd l’esquisse d’un jour supposément tiède. L’air ne commence pas de bouger encore, il dort en paquet moite, ça et là, sur toute chose.

Hier a été si lourd, menaçant. Jusqu’à la nuit tombée, j’ai espéré l’orage. Pourtant, je ne le goûte guère, mais c’en était trop, la touffeur d’août finissant ne se balayant pas de haute marée. Toutes gens, toutes bêtes pliaient qui la tête qui l’échine, tendaient la langue ou se ventilait les doigts. Bien tard, après que de lourdes nuées aient menacé la côte, on a entendu au loin dans la vallée se répercuter les grondements sourd d’un combat d’orage.

Il a du tomber des trombes là bas, nous n’avons rien eu. Nous sont revenues les miasmes chaudasses des terres projetées de forte averse. Et la mer en a disputé l’espace, exhalant sa fraîcheur toute neuve.

Non ! De fait… C’est une bonne chose de me retrouver là à contempler les flots de Loire se noyant dans l’eau fuyante de la mer descendante. Au moins je profite d’un peu de fraîcheur. Pour peu que le chaud revienne, j’en aurai au moins été bien aise.

Et qu’il est beau ce faux silence ! A peu, d’amont, s’éveillent les grues des docks. Le bitume encore chaud murmure sous la caresse des citadins allant à l’ouvrage. Dans le noir les merles s’essaient à se faire peur, se répondent d’un buisson à l’autre, s’extirpent de l’ombre en rires aigrelets. Un coq s’égosille de part en part. Le hobereau glisse déjà au dessus des dunes, laissant les landes à son cousin crécerelle. Tous deux criaillent et se répondent. Les interrompt l’effraie, regagnant sa soupente en chuintant lugubrement. Mais tous ces bruits sont feutrés, comme emballés de ouate et me font un bien doux concert. Quand un peu plus de calme se fait, je perçois le cliquetis humide de l’eau qui passe sur la rive et tintinnabulent les courants fins dans les galets. Le macroule ponctue de clarinette cet ensemble, parfois, en répons au picolo de la poule d’eau. Seul le noir corbeau détone dans cette paix musicale et me rappelle à l’objet de ma présence.

 

Par devant moi s’avance celui que je suis venu guetter. Il n’y a rien à dire : il est parfait ! Pas encore vêtu en faîte, mais hissant ses toiles, il semble glisser dans l’eau. Il ne dérange rien : même l’eau parait ne pas le concerner et il la trouble à peine. De lui me vient un ronflement, un bourdonnement. Est-ce le cordage ? Sont-ce les gens à bord ? Ou le peut de voile qu’il offre au vent de terre…Je ne saurais dire. Autour la nappe étale de la Loire tremble à peine sous son poids. Sa coque n’oscille guère que dans les coups de barre qui lui font suivre les courbes du fleuve. Il est poussé par une force mystérieuse. Je n’entends de lui pas même le grognement monotone d’un moteur. Ou la Loire peut-elle par sa masse mouvante, puissance incontrôlable, emporter à la mer ce merveilleux vaisseau ?

On le croirait en deuil de ses courses passées ; Mais c’est un filou qui sait user de son charme. Au long de sa coque noire, en rais pointillistes, il arbore ses trappes à bouche de canon. J’eus ouï dire qu’il en portait quatre vingt. Je ne saurais les compter mais veux bien le croire. Sa fierté, son élégance, doivent interdire à quiconque de lui lancer l’assaut, le prendre à l’abordage. Il inspire le respect donc, toutes gueules ouvertes. Derrière, au dessus des frondaisons, ces grandes vagues de la terre, s’annonce l’astre du jour. Il vient faire en hommage un clin d’œil à ce seigneur, illumine en poupe ses dorures.

Le voilà donc, l’objet de ce désir, cet astre des mers ! Vrai. Il a fière allure ; je gambaderais bien sur son pont ! Je l’ai vu tantôt bien à quai, sage mais menaçant ; On eut dit un grand animal pris au piège. Arrogant, dressé si haut qu’il fallait se tordre le cou pour lire ses pavillons ; il me faisait peur : je me sentais si petit.

Il est maintenant à ma mesure, à quelques encablures ; je comprends qu’on puisse l’aimer. Il signe, voguant, sa haute seigneuries ; que doit-ce être quand il arbore toutes ses voiles, mû des plus beaux vents !

...

parmi mes anciens textes:

 T’aimer

 

J’ai senti courir au long de mes douleurs

 La fraîcheur de tes mains amoureuses

 Au puissant venin guérisseur

 

Je voudrais sans cesse avoir sur moi

 Ces tendres caresses qui rallument

 Le feu sacré de mes forces parfois endormies

 

Si tout départ est une blessure

 Son sang abreuve notre amour

 D’un demain sans cesse riche d’espoir

 

Je veux que pèse sur toi

 Les fardeaux de ma tendresse folle

 Que ta main guide la mienne

 Dans tes sillons jamais repus

 Soif inassouvie

 

Demain tendresse

 Demain je serai là encor

 Pour soulever ton cœur ton corps

 De l’émoi dont tu te saoules

 

E. R.

Le 19 Avril 1984

 

On ne m'avait pas dit...

 

... qu'un jour je me ferai face.

    Je ne suis pas jeune, mais je ne suis pas vieux non plus, guère plus de la moitié de l'âge que je compte avoir un jour. Est-ce comme un bilan qui s'expose, impérieux, au milieu du parcours?

     Toutes les nuits ou presque depuis plus de six mois je me réveille entre trois heures et cinq heures, tremblant, bousculé par un rêve qui tient bien souvent du cauchemar. Je suis confronté à ce que j'exècre le plus dans ma vie, dans le milieu qui m'a vu évoluer, souvent à partir, au départ, de période toute autres de la vie avant, comme ça, au déboulé, sans que rien ne le laisse présupposer. C'est très souvent la confrontation aux sarcasmes, le harcèlement, ou une situation inextricable d'où je ne peux me dépêtrer.

    Je me réveille alors complètement chamboulé, angoissé parfois, toujours au moins assailli de stress, d'anxiété. Il me faut du temps, de la contrainte envers moi-même pour m'en dégager et toujours en définitive devant dépenser beaucoup d'énergie pour m'en distendre.

 

   J'ai conscience que ces situations qui déboulent dans mes rêves sont à l'image de celles dont je n'ai pas su me dégager avec fiabilité, réussite vers la sérénité dans ma vie. Ce sont en quelque sorte mes fardeaux, ces impressions désagréables, mes souvenirs désastreux qui me reviennent de temps à autre à l'esprit et que j'ai souvent éludé par le passé. Aujourd'hui, ces petites dernières années, je les ai abordés de front, comme pour m'en libérer. Et je ne comprends pas que ce soit dans mes nuits qu'ils ressurgissent, avec ce sentiment qui s'immisce en moi que justement je ne les ai pas complètement évincés de mon existence, je ne les ai pas résolus, je n'ai pas atteint la résilience.

   C'est très éprouvant de se trouver ainsi face à soi, de percevoir ses lacunes anciennes (mais donc point si anciennes que cela puisqu'elles insistent dans ce moi qui dort) s'imposer jusqu'au réveil qu'elle provoquent, et dans le vécu direct quotidien de façon aussi perturbatrices.

 

    Je souhaite découvrir la clé des portes de ce sas où je m'englue actuellement, un peu comme si mes nuits (qui ont été mon espace de vie consciente au quotidien) me faisaient payer le fait de les avoir délaissées pour choisir ce moment pour dormir maintenant, en le perturbant, en bousculant les tentatives de devenir paisible que j'essaie d'instaurer dans mon existence.

    Je ne triche pas—du moins est-ce la conscience que j'en ai—j'aborde le fond des choses avec un esprit tout entier préoccupé par la nécessité d'une véracité sans faille. Mais mes nuits me font douter, comme si je devais toujours faire face aux erreurs commises ou vécues dans mon passé.

Un jour, J'espère...

La terre, sous les pas de l'homme...

... naîtrons pour vous les mots, ces mots, mais au grand complet

 

    La terre, sous les pas de l'homme, n'en peut plus de craquer.

 

    De tous les scenarii imaginés par les plus grands experts rien de cela n'avait été ni prévu, ni prévisible.

 

    Et l'homme n'en a cure: il pense.

 

Sa préoccupation première se tourne vers cet autre lui même qu'en son être il chérit, espère... Mais ne trouve pas.

 

    Cinquante deux ans

 

   Cinquante deux ans à porter l'espoir, à raisonner face à toute chose, à tout bien considérer. Et attendre de n'être pas le seul à le faire.

 

 

    Dieu. Un jour on lui en a parlé. Il était jeune alors mais il faillit bien s'étrangler avec sa propre salive. Galéjade? Non! Il avait du plancher de ses dix ans abandonné l'idée de rire. Rire, lui était une fonction, comme une respiration, mais surtout pas une idée.

 

    Dieu! Pensez donc! Il fallait bien des millénaires d'humanité pour être parvenu à inventer, encenser, glorifier l'icône imaginaire d'un être au rôle tant subordinateur. Dix ans: oui, à dix ans on peut être en mesure de penser cela. Il suffit de regarder le monde, d'écouter, d'assembler son voir, son entendre, son penser, sa création intérieure. Il suffit de tout coordonner, conjoindre toutes les informations reçues pour que cela devienne une évidence: dieu est une invention. Et bien d'autres choses de même.

 

 

    Autour de lui, sur cette terre craquante d'avoir oublié jusqu'au souvenir de l'eau, il comprend—et souhaite tellement—que quelque part cet autre lui même existe. Il ne le cherche pas. Il sait par avance que c'est vain. Il le désire seulement. Il veut mettre fin à cette aride solitude: l'absence de soi même, l'absence d'un regard qui vous dit sans qu'il soit besoin de mot que vous existez.

 

    Plus de quarante années à se battre pour croiser ce regard, sans que rien ne l'y autorise, sans que la vie ne daigne lui faire ce simple et si ordinaire présent.

 

     Il marche sur la terre déchirée de ne plus respirer et il pense: « Quand ou comment le rencontrerai-je? ». il est là, si las aussi de sa raison qu'il sait certaine, sec en dedans de n'avoir que lui même d'humain pour se nourrir. Les autres n'existent pas ou bien ils sont partis. Mais c'est une bien longue histoire.

 

 

 

    Au point où nous en sommes, je vais vous la raconter. Il me suffit d'une simple promesse pour vous le dire: lisez les tomes, six précédents, qui ont conduit l'homme jusque là; sans quoi il n'est pas certain que vous soyez à même de comprendre...

 

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(fin du livre)

 

 


    Il marche toujours, comme tous les jours, comme on respire. Il observe avec intensité toute chose vivante ou non. Voire: on ne peut dire qu'il existe du « non vivant » puisque l'inertie apparente des choses vient à se fendre le cœur, alors si cela est ne pas vivre, qui vit? Qui ne vit pas?

 

  Dans le grand silence des sens qui accompagne ses errances, ses pérégrinations, se produit une part d'indicible. Une main se glisse dans la sienne.

 

--Bonjour ! Je m'appelle Bim, je ne suis pas celui que tu cherches mais je sais qui il est et là où il se trouve. Suis moi.

 

   L'homme, pas même surpris de cette intervention aussi incongrue qu'irréelle—en apparence—et qu'incroyable, reconnaît un elfe dans le petit personnage. Il ne lui en faut pas plus pour se laisser guider, porter.

 

 

 

    Laissant sous eux, derrière eux, la terre faite désolation et comme par enchantement sous leurs pas—non pas leurs pas tant ils semblent à peine effleurer le sol—l'homme voit le paysage retrouver son essor, la vie redevenir la vie, la terre s'enrichir de vert et de fleurs.

 

    Ils empruntent un chemin, contournent des champs et des haies. Ils marchent longtemps, traversent à gué le grand fleuve désolé où coule de nouveau quelques filets d'eau pure, claire, cristalline et chantante. L'homme enfin s'étonne.

 

     On a beau connaître ce qui est et ce qui a été, lorsque l'on traverse le présent pas qui nous sépare et du passé et de l'avenir, tout nous paraît miraculeux.

 

    Derrière une haie qu'ils ont longé avec précaution, une musse laisse voir une tache de poils, tigré beige et brun, lovée dans l'herbe fraîchement poussée. Près d'elle s'étire la triste dépouille d'une vipère, morte à l'instant...

 

En avez-vous?

 

Je vous en parlerai avec un brin d'envie: celle de vous connaître, vous qui êtes en train de me lire. Aussi me demandé-je comment je pourrai vous le dire.

   Contrairement à ce qui devrait se faire, je ne me trouve pas dans vos mains et je ne me décline pas sous vos yeux. Je suis peut-être dans l'air du temps, mais force m'est faite de penser que ce cela ne saurait durer. On m'oublie de plus en plus souvent. On me pose là, et je ne sais jamais lorsque l'on viendra me reprendre. Je me traine, enfin... non! Je m'étire, me disloque et me rassemble, je suis toujours en mouvement, même abandonnée. Il arrive qu'on revienne sur ses pas pour me retrouver et pourtant il m'arrive de m'être très loin en allée. C'est alors au hasard d'une rencontre, d'une image croisée, tranquillement admirée ou subrepticement perçue, qu'à moi il se peut qu'on songe de nouveau. Les plus audacieux d'entre vous choisiront de me mettre dans une boîte, pour m'obliger à exister, à me matérialiser, et viendront me chercher en dehors de bien des regards, pour me sélectionner, me donner vie ou m'éliminer. Je ne suis pas toujours très bonne j'en conviens mais on me reconnais souvent le mérite d'exister, que ce soit pour me retenir ou m'écarter.

   Ce qui me trouble le plus est que parfois l'on tente de m'attiser. Ainsi viendra-ton se battre pour ou contre moi. Autant vous l'avouer, ce n'est pas cela que je préfère. J'ai bien plus envie d'être couvée, bichonnée, enrichie, peaufinée. Les plus amoureux de moi, très souvent ne savent que me triturer. Oh je reconnais qu'il en sorte parfois de belles choses, néanmoins je trouve cela un peu abuser. Car, sans prétention, je vous l'assure, je me trouve surtout belle dans ma simplicité. Alors passée au crible des plus pures intentions, façonnée à l'envi pour devenir un modèle, explicitée dans mes moindres méandres, non, vraiment, je ne le souhaite pas.

   Ce que j'aime le plus c'est vivre en liberté. C'est vrai je suis un tantinet cabotine et si j'aime me faire admirer, je n'en reste pas moins le plus souvent timide et me plais d'avantages quelque peu disséminés. Je suis une grande voyageuse, par mont et par vaux, j'aime à être colportée. Et pourtant, il est très rare qu'on me vende—à vrai dire je n'aime pas du tout cela—j'ai plus envie d'être échangée. C'est ma forme la plus charmeuse et à chacun est donné de m'utiliser comme bon lui semble. C'est tout à fait normal, je ne coûte en ce cas rien, c'est ce qui fait ma fierté. Je me pare assez rarement de mots, ils tendent à me dénaturer. Je suis plus sûrement une fille de l'air. Ceci abuse d'ailleurs certains qui me voient évoluer sous forme de courants. C'est que si j'aime à être utilisée, je déteste me voir instrumentalisée.

   Jadis, je voguais en plus grande liberté. On me percevait tout autant, mais beaucoup plus souvent en petit comité quand ce n'était pas tout simplement dans la grande solitude, à l'écart des bruits et des mouvements qui depuis m'ont trop souvent portée. Et l'on a fait de moi de fort belles choses. Certaines sont encore magnifiées. C'était, et je ne suis en rien nostalgique, détrompez-vous, de bien belles époques. On savait me trouver par hasard autant qu'à m'appeler. Tout dépendant de la nature de l'être qui venait à me porter.

   Je reconnais, je ne suis pas toujours bonne et il faut souvent me jeter au panier. Amis ce n'est pas grave! Demain je puis m'avérer bien meilleure et être récupérée. Je rechigne à l'être dans certaines situations, quand la manœuvre est aux commandes par exemple, mais dans ce cas je ne m'en laisse pas compter et donne de bien piètres résultats. Il est beaucoup plus avantageux de me garder pour une belle aubaine et ce n'est pas parce qu'on m'a rejetée que je ne saurai pas, à l'occasion, me montrer fidèle. Je ne connais pas la rancune alors vous pouvez y aller, usez de moi, utilisez ma beauté ou me préférez vous débarrassée.

   Je porte en moi une dimension éternelle et c'est bien grâce à ma diversité. D'ailleurs il ne sert à rien de me cantonner, encore que ce ne puit pas forcément être un inconvénient, cela en vient seulement à restreindre mon champ d'action. C'est bien dommage, vous en conviendrez, mais qu'importe, chacun use de moi comme il peut, selon sa nature et tant pis si je ne suis, chez certains, destinée qu'à rester toute petite. J'aime assez même souvent fois. Et je sais combien, petite, justement, on est fier de m'avoir, de me garder en secret. Je ne sais si vous saisissez bien toute la différence. À une envergure restreinte je perds souvent de mon attrait, mais dans la méticulosité il m'arrive d'offrir de bien grandes affaires.

   Comment cela? Vous ne m'avez pas encore dénichée? Vous m'en voyez surprise ! Je pensais que petite vous m'auriez trouvée.

J'ai faim

 

J'ai faim

 

J'ai faim de cette soif du vouloir

Qui fit vainqueur la patience et l'espoir

Le puits qu'en moi je creuse

Chaque jour plus profondeur

Ne suffira jamais à faire taire

Les plaintes d'amours sempiternelles

Qui jaillissent de vos gorges déchirées

Qui éclatent à la grisailles

Comme le rayon de soleil

Sous le vent de l'été

J'ai voulu la paix la paix des cœurs

Sans accepter la mienne

J'ai voulu la croute

Quand mon sang coulait sans sécher

J'ai voulu l'air immobile à vos yeux

Alors que les ravages de la tempête

Fusait de moi comme d'un volcan en furie

La lave feu des tréfonds de la terre

S'apaisent mes nuits de tourmente

Et je découvre le monde sali

Mais au loin je sais le calme

De cet horizon qui verdoie

Est né mon espoir

Renaîtra la plénitude sereine

 

Le 07 Juin 1979

 

Lettres d'amour

 

 

Le 20 Février 2014

 

    Qu'il est malaisé pour moi aujourd'hui de prendre la plume. Obligé pourtant je m'y sens. Je ne peux rester hors de l'aveu: vous m'êtes essentielles!

 

    Or c'est loin, qu'un stylographe de scribouillard en main, désormais je vous fait dire et vous voue à jamais grand respect. Il me faut—et bon sang, mal sang que c'est malaisé—aligner tant de symboles que par vous j'ai fait glorifier. Ma main tremble. C'est une horreur. Et vous le savez bien, vous qui sous mes mains si douces, sous l'agilité bienveillante de leurs doigts, vous déployez votre faconde, relatez à l'envi tous les mots tendres que mes doux gestes vous inspirent. C'est effarant. Moi qui suis béat d'admiration devant le lit où je rends gloire à votre mémoire me voilà obligé de coucher sur une simple et pauvre feuille de papier! C'est un lieu bien trop commun, si plat et si dur, pour s'offrir quelque jouissance, vous les suggérer, vous les faire partager.

 

    Oui, je sais bien sûr, je n'ai pas toujours dit cela. Oui j'ai sali, froissé, parfois honoré moult telles feuilles de papier. N'empêche, c'est vers vous tout de même que j'ai fini par me tourner, m'allonger, soupirer, tant d'aise que de peine, pour amener à d'autres yeux toute ma prodigalité. C'est avec vous que j'ai ré-écrit tant de belles pages; nous vivons ensemble depuis tant d'années. Nos relations rendent jaloux tant de gens, énerve à l'excès tant de femmes qu'elles enragent de ne pouvoir de vous me distraire.

 

    « Quelle infamie » Devez-vous vous dire! Il nous laisse pour si peu, quelques quadrillés, quand nos moulures sont parfaites. Ô que oui! Vous êtes parfaites, souples et dociles, aimant mon contact autant que je soupire d'aise au vôtre. Nos caresses me manquent et les frôlements quelque peu incongrus que l'on peut ouïr lors de nos jeux me pèsent par leur absence, tout comme un manque de vous voir. Vous êtes si admirables, si joliment dressées, dessinées, toutes en déclivités, courbes subtiles, qui épousent à merveille la forme de mes doigts lorsque je vous cours et vous parcours. Vous ne cédez sous mon poids qu'en glissade quand nos accords se font parfaits et vous cambrez sitôt que mon contact vous lâche. L'on peut parler ainsi de charmantes épousailles et nous les signons, vous, moi, de concert et les resignons encore autant que leur temps nous sied.

 

    A vous revoir, tantôt, plus tard, à relire ce que nous avons ourdi, parfois, il s'en faut si peu que je me pâmes. Nos envolées sont si belles, leur musique si tendre, leurs fleurs si colorées. J'ai du mal à résister.

 

    Alors, une fois encore, je m'attable et recommence de vous caresser; je ne peux m'en lasser. J'ai besoin de vous, de vous sentir, de plonger mes yeux au fil de vos lignes, d'une à une vous nommer, vous dire comme je vous aime:

 

     A Z E R T Y …

 

                Votre dévoué.

"Le Micado et la Ruine"

la masure de mes rêves : "La Torra" Alpes de Haute Provence, altitude 2130 mètres

Voici le début d'un texte que j'aurais pu nourir d'abondance, mais resté à l'état de courte nouvelle:

 

Un homme, que l’on disait de bon goût, s’était entiché d’une ruine. Bien sûr il ne lui fut pas difficile de se renseigner sur son propriétaire, de l’acquérir. L’achat ne fut pas si modique que l’on S'eut pu autoriser à le croire. Il y avait un peu de terrain autour, presque au sommet d’une colline sobrement boisée, bien orientée.

Cette ruine on la voyait de loin. Elle faisait partie du paysage. Chacun y prenait repère du regard dans ses allées et venues. Les gens du coin se rassuraient à la voir. Elle n’était en vie de rien si ce n’est de son histoire, bien banale en somme, et pourtant si présente que l’en retirer du cadre aurait été faire outrage au paysage, au temps.

L’homme, de bon goût, je le répète, reconnaissait bien ce caractère à l’endroit. Et contrairement à bon nombre, avait pris soin d’en vérifier l’authenticité même de l’envers, vue—ou plutôt explorée, longuement observée—du haut de cette excroissance naturelle des lieux. Respectueux mais néanmoins propriétaire tout récent de l’endroit, il prit le temps de ne pas y toucher. C’était sa vieille croûte, d’artiste inconnu, une petite lubie qu’il avait eut à cœur de satisfaire.

Le temps, qui n’a là guère d’importance, passa. L’homme visitait son bien très régulièrement, souvent de loin, sous tous les angles, lustré de toutes les lumières de l’année. Parfois il approchait. Il entrait même, certain jour près des décombres. Il scrutait ce bien en tous ces aspects, respectueusement. En fermant les yeux, il pouvait en voir par la pensée les moindres détails. Nanti de quelque adresse picturale, il en fit un tableau. Très réussi, à la fois hyperréaliste mais de style impressionniste. Ses amis et visiteur s’extasiaient devant la beauté de l’œuvre. Il n’en avait cure. Pour lui seul comptait d’avoir en permanence son bien chéri sous les yeux, d’en scruter à l’envi le détail et l’ensemble à la fois, s’en imprégner plus encore qu’en y rendant visite.

 

Il l’oublia, ou peut-être le fit-il exprès, du regard mais tint à cœur d’y penser sans relâche.

 

les nuits atroces...

 

Les nuits atroces …

    On ne sait jamais pourquoi ni comment elles vous assaillent!

    Une seule chose est sûre : vous en émergez abasourdi, éreinté, le souffle coupé, l'esprit en déshérence, torturé, incapable de penser calmement et même d'ajuster posément vos gestes.

    L'image qui me vient spontanément est celle qui s'impose à vous lorsque vous venez de boire la tasse dans une vague tumultueuse et sombre, enragée qui vous a bousculé tant que vous ne savez où se trouve le haut, le bas, le ciel, la terre.

    Le dedans vous fait mal, terriblement mal d'une douleur sourde, indicible, qui ne repose sur rien, tant que vous avez l'impression même qu'elle est également au dehors de vous. Toute chose ne reconnaît plus sa place. Plus rien ne correspond à rien.

    Vous vous sortez de la couche comme on s'extrait un lit de fange, sans se débattre mais très vite, enfin, quand on le peut, se pose un instant sur le bord pour tenter de retrouver quelque assise. Mais on ne souhaite qu'une pulsion: celle de pouvoir s'en extraire au plus vite.

    Le café qui on l'espère va nous sortir de cette torpeur effroyable n'a ni force ni goût et l'on cherche à s'emplir de ce que l'on trouve, ce qui nous tombe sous la main, erre dans les placards pourvu qu'on ait aucune peine à le broyer plus que le mâcher, l'avaler sans effort dans se seul but de se remplir.

    Et puis il faut une deuxième café, très vite, que l'on avale moins à plus courtes gorgées, comme pour mieux s'imprégner de l'effet et qui vous laisse tout aussi vide. Suit une phase d'accablement profond où rien de bon ne peut sortir de vous. Votre position même est incongrue.

    Tout ce qui est vous n'est que désordre et tout ce qui vous entoure, vous côtoie semble sans ordre. Si tel est votre ordinaire, vous avalez quelque substance destinée à vous calmer mais peine même à vous apaiser. Il lui faut un temps qui vous paraît infini.

    Et cependant, est-ce sous l'emprise de l'étrangeté, vous avez à cœur de retrouver quelque maîtrise. Votre lutte est d'une rare violence baignée dans des gestes et des pensées molles. Vous « ramez » comme on dit, sans emprise sur le raisonnable. Et fi vous en est: vous ne souhaitez que le calme.

 

    Après, quoi, une demie heure, une heure? Que reste-t-il de vous? Un terrain dévasté dont vous avez l'étrange sentiment d'être le seul sauf mais Ô combien laminé, rapetissé, broyé, rompu jusque dans vos plus infimes parcelles de sûreté d'ordinaire.

    Vous ne rêver que de vous engloutir dans l'oubli de tout, particule exsangue et si différente du reste que cela seul lui confère une mince impression d'exister. Il n'est pas rare que vous y sentiez tout de même au physique le tumulte né de votre esprit .

   Votre troisième café, bu plus, bien plus posément vous semble réellement cette fois avoir quelque effet quand ce n'est que le début de l'action du premier et vos nerf plutôt qu'exacerbés par sa force se relâchent enfin dans une espèce de platitude tant espérée.

    Alors, seulement alors viennent s'adjoindre les forces de la drogue ingérée. Si la clarté se fait jour en votre esprit c'est hélas pour mesurer l'étendue des dégâts dont vous venez de tout entreprendre pour empêcher qu'ils ne soient, contempler la ruine dans laquelle vous vous êtes mise.

 

    Car c'est bien là le pire : vous vous extraites de l'effroyable que pour vous retrouver dans le chaos ! Tout vous est à recommencer. S'il vous laisse quelque lucidité, vous vous dites que l'épisode est derrière et vous prenez du repos dans l'espoir de vous ressaisir, votre conception néanmoins minée.

les prémices...

...du sentiment amoureux.

    Extrait du livre que je suis en train d'écrire (mai 2014)

 

Pour autant qu'il m'en souvienne, cela commence par presque rien, une idée fluette qui se pulvérise, ici, là dans notre esprit et laisse des goutte d'une rosée que l'on ne sait pas décrire. C'est ce léger voile qui atténue un peu l'ardeur du soleil dans le ciel sans faire de tord à l'impression de beau temps. Il irise nos pensées d'un arc en ciel de couleurs très pales comme il diapre le bleu du ciel alors. et dans cette immensité trop bleue qui ne nous laissait pas percevoir de particularité, ou, après l'évaporation d'un trop plein d'ombre qui grisaillait nos jours, il dépose ce rien de plaisir comme un frêle oiseau vient lancer sa petite mélopée un peu plus près de nous que tous les autres. Une idée se fait jour en nous que l'on éprouve une sorte de besoin d'altération du tout uniforme, un doux oriflamme qui vient flotter en notre esprit, enluminer ce quelque chose que l'on ressent à l'intérieur et qui n'est pas si prégnant d'habitude. Nous le percevons parfois sans même nous en rendre compte. C'est là, c'est tout. Mais cela change tout. Il n'est que de nous l'avouer pour voir se déployer tout un possible, le commencer à y rêver...

impromptus

   Ce ne sont que quelques mots, de très courts écrits. Je les note comme ils me viennent. Il arrive que certains en fassent de petits ouvrages. Je pense plus en faire des interludes...

 

Le ciel s'est fâché aujourd'hui, il grondait fort. Je ne sais pas après qui il en avait. J'ai eu beau l'entendre, sa colère ne m'a pas atteint. Il rit maintenant à pleine dents bleues.

 

L'envie de partager est parfois tellement forte qu'on ne voit à quel point on peut partager les autres, les morceler.

 

Il y a plus de clarté dans une aube timide qu'au plein soleil de midi: mes yeux n'arrivent jamais à s'y habituer.

 

Je t'avais dit l'autre jour que je t'aimais. Ce n'était pas assez vrai.

 

Le cœur de l'homme qui regarde son jardin contient plus de chants que les bosquets alentours. Il faut dire que les feuilles des carottes explosent en gerbe de pépites vertes, les salades sont rondes comme des timbales, les haricots verts sont autant d'archets qui crissent sur leurs feuilles, tomates et aubergines rutilent plus que les cuivres, les poireaux rivalisent avec les hautbois, jusqu'au rouge gorge qui est là, il ressemble à un chef d'orchestre qui jouerait du triangle.

 

Ce que ne savent plus les hommes, c'est que le dieu qu'on leur a présenté, proposé, n'est que l'image de l'idéal d'eux même et que toute la différence qu'ils observe entre ce dieu métaphorique et eux est le chemin qu'il leur reste à parcourir pour se réaliser pleinement.

 

Lire Christian Bobin c'est comme s'immerger dans la lumière: tout, jusqu'à la moindre particule vous devient perceptible.

 

Il est dans l'amour de l'autre des ombres difficiles à déplacer. Je voudrais tellement que chacun s'inonde à chacun de lumière vive!

 

Et tant d'autres...